Gaëtan Rousselet, photographe : « La Roumanie est un pays lourd et céleste à la fois »

Il connait bien la Roumanie : pendant deux ans l’ethnographe et photographe belge Gaëtan Rousselet a habité presque plus au Maramures qu’en Belgique. Il a suivi les bergers roumains en transhumance, et ses photos parlent autant de traditions centenaires que d’un avenir chargé de transformations.

Gaëtan Rousselet au vernissage de "Transhumance" (une expo de la galerie RDE)

Gaëtan Rousselet nous offre un « flash » sur son expérience roumaine. Les photos racontent le reste de l’histoire : « Transhumance », galerie Rue de l’Exposition (Institut Culturel Roumain de Paris), exposition ouverte jusqu’au 31 mars. 

 www.ruedelexposition.fr

06 mars 2012 à 19h Conférence avec : Anne-Marie Brisebarre, ethnologue, Directrice de recherche (CNRS) & Gaëtan Rousselet, photographe

Vous avez pendant deux ans effectué de nombreux séjours en Roumanie dans la région du Maramures. Comment avez-vous décidé d’aller en Roumanie?

Chaque voyage effectué jusqu’ici a toujours été provoqué par une volonté d’obtenir d’un certain réel une autre image que celle que je pouvais recevoir des médias. Concernant la Roumanie, je fête cette année les 10 ans de mon premier voyage dans cette région fascinante de l’Est de l’Europe ! Je me revois encore sur le tarmac d’Otopeni à me demander comment et par où j’allais entamer ma route qui devait durer dix jours pour commencer. Elle m’a finalement ramené à l’essentiel : « être et temps »…

En deux phrases, comment définiriez-vous votre expérience roumaine?

Il me faudrait un roman ! J’aimerais d’ailleurs avoir le courage et le temps de raconter tout cela, toutes ces expériences humaines des plus riches que j’ai pu y vivre. La Roumanie est un pays lourd et céleste à la fois. C’est toujours ce que j’ai pu y constater et y ressentir, une force tellurique empreinte d’une sorte de grande nostalgie dramatique !

Vous étudiez  l’anthropologie mais vous êtes aussi devenu photographe. Quelle est l’importance de la photographie dans votre activité de recherche?

(…) il faudrait béatifier les bergers ! Je veux dire, honorer leur mémoire et le cœur ; leur vérité.

L’ethnographie est le premier moment de la démarche anthropologique : il consiste à rassembler des données, qu’elles soient d’ordre écrit, visuel ou objectal. La photographie est un outil d’investigation qui ne devrait pas se limiter à être un support mais qui doit, selon moi, s’assurer d’un langage exigeant et précis, au même titre que le texte : l’une et l’autre se complètent pour produire des messages forts sur le réel.

En l’occurrence, la tradition du reportage documentaire correspond à cette exigence.

Qu’est qui vous a impressionné le plus chez les bergers roumains?
Avez-vous des expériences inédites à raconter ?

Leur courage et leur force, celles que nos préjugés urbains ont tendance à relativiser ou à bêtifier… Au contraire, il faudrait béatifier les bergers ! Je veux dire, honorer leur mémoire et le cœur ; leur vérité. Des expériences ? Je les raconterai bientôt…

GALERIE RUE DE L’EXPOSITION, UN PROJET ® INSTITUT CULTUREL ROUMAIN

Propos recueillis par : Olivia Horvath

« Memories for my Children », par Andra Baltoiu: une exposition photo Michele Bressan dans 1 Rue de l’Exposition Paris 7ème

Avec « Memories for my children », Michele Bressan s’installe dans la mémoire collective en mettant en scène des photographies trouvées. Il devient le commissaire d’une exposition dans laquelle non seulement il n’est pas le seul auteur des images présentées, mais il se fond dans la masse des photographes anonymes. Et cela, il invente son héritage visuel…

L’exposition « Memories for my children » interroge la manière dont les souvenirs, personnels ou collectifs, prennent naissance. C’est une  sorte d’analyse photographique des choses dont nous avons choisi de garder la mémoire, de la façon dont nos souvenirs influent sur la compréhension de la réalité et la raison pour laquelle nous avons besoin de transmettre nos expériences.

Ces photographies anonymes complètent en quelque sorte l’histoire personnelle de Michele Bressan avec des souvenirs empruntés, des situations ou des moments qu’il aurait voulu vivre lui-même. Pour ce type d’images, ce n’est pas le critère esthétique ou la pensée critique qui détermine la sélection, mais le sentiment de familiarité qu’elles provoquent. C’est la sincérité de ces « souvenirs classiques » qu’il recherche comme photographe, et le geste d’insérer ses propres images dans l’archive anonyme est un retour aux fondamentaux de la photographie.

Le projet prend comme point de départ une identification, l’impression en filigrane des repères personnels du photographe, mais le mécanisme qui régit ce filigrane est tenu caché, soumis à un processus de censure : personne ne saura quelles sont les photos de Michele Bressan.

En recherchant des familiarités entre les images anonymes et son propre passé, Bressan s’invente de faux souvenirs et attire le regard sur ces zones d’où l’esthétique et la sincérité lui permettent d’extraire une histoire personnelle. Une manière de dire que le voyeurisme est une forme d’auto perception. Et la mémoire joue le rôle de liant entre ces fragments isolés, afin d’en donner une image cohérente.

Le projet est une collection de vues intérieures et de compositions anonymes, opportunités provoquées par des couleurs ou des événements, collection à laquelle Bressan mêle sa propre curiosité. Le seul critère de sélection des images est le besoin de transmettre ce que ces photographies suscitent. Le ressort de ce qui provoque ce besoin d’archivage n’est pas interrogé, car il est relevant en tant que tel, tout comme pour le ressort de la mémoire collective. Les photographies deviennent présent, en faisant place à ce qui est accidentel et de proximité : l’acte de photographier représente l’acceptation de circonstances imposées par le hasard.

En effaçant les barrières entre la photographie professionnelle et celle d’amateur, « Memories for my children » dépasse le cadre de l’anonyme album de famille rendu public, pour se présenter comme un héritage idéalisé.

Un projet de Michele Bressan
Commissaires de l’exposition : Andra Baltoiu & Michele Bressan
Période: 01/12/2010 – 30/01/2011
Adresse: 1 rue de l’Exposition 75007 Paris
Horaires: lundi-vendredi: 10h00-13h00/14h00-18h00

Vernissage « Bucarest, la mal-aimée » à Paris – Ferrante Ferranti: « Les liens entre Bucarest et Paris ont toujours été extrêmement forts et il était important de souligner cela »

« Bucarest, la mal-aimée », exposition de photographies, est ouverte dans l’espace expo de l’Institut Culturel Roumain de Paris jusqu’à 24 octobre 2010. Le vernissage de l’exposition a eu lieu vendredi, le 24 septembre. Loredana Bruma, coordinatrice du projet « Maisons qui plurent », Sergiu Mihaescu, photographe et Ferrante Ferranti, photographe et commissaire de l’exposition ont été présents au évènement.

Ferrante Ferranti a eu l’amabilité de nous répondre à quelques questions:

Reporter: Après le succès de l’exposition à Bucarest, la voilà maintenant à Paris. Qu’en pensez –vous ?

Ferrante Ferranti: Je suis très fière et heureux. Quand nous avons conçu ce projet  à Bucarest nous avons eu l’intention de sensibiliser le public français à la richesse de ce patrimoine. Les liens entre Bucarest et Paris ont toujours été extrêmement forts et il était important de souligner cela. L’idée est née d’une rencontre avec l’ambassadeur quand nous étions à Bucarest. Même si nous y avons impliqué  que des photographes roumains, cette exposition se veut un lien étroit entre les deux pays.

R : Quel est le message essentiel de cette exposition ?

FF : Le message c’est de dire « regardez ce qui est en train de se passer ». Il n’est pas trop tard. Il y a eu comme partout dans l’Europe des dégâts considérables, des enjeux économiques et immobiliers très importants et très graves qui ne tiennent absolument pas compte de la mémoire. C’est pour ça que nous avons choisi une jeune génération de photographes de 20 à 35 ans. Leur regard sur la société est très vivant et peut sensibiliser. Nous ne montrons pas des archives. Nous ne montrons pas le Bucarest des années ‘50. Nous ne parlons pas de la nostalgie. C’est un regard présent, vif et stimulant. Il n’est pas trop tard. Même s’il y a des images et des visions qui nous blessent, qui nous choquent, qui nous attristent, il faut transmettre ces visions aux autres, il faut les impliquer dans la lutte pour la défense du patrimoine. Je pense qu’il ne faut pas montrer ça uniquement aux amis ou aux gens que nous connaissons, mais aussi aux institutions. J’ai aimé travailler avec des jeunes photographes qui sont allés directement au Ministère de la Culture pour montrer leur travail et pour dire, « aujourd’hui, je peux très bien m’impliquer dans la défense du patrimoine ».

R : Pourquoi avez-vous choisi Bucarest?

FF : Parce que je l’ai aimé tout simplement. Quand je suis allé pour la première fois en Roumanie, en 1991, juste après la révolution, j’ai été touché par des esprits très blessés, mais en même temps j’ai découvert une ville pleine de charme, il y a des jardins fabuleux, les photos le témoignent. De plus, j’ai découvert une ville qui ne correspond pas à l’image que nous nous sommes faite. J’avais lu des articles qui disaient que tout Bucarest était détruit. Même la « Maison du People ». Ce n’était pas du tout le cas. Des quartiers ont été détruits, mais des nombreux édifices restent encore debout. Et donc, comme ce que j’ai découvert ne correspondait pas du tout à réalité, j’ai pris une décision: « je vais regarder cette ville, je vais apprendre à la découvrir. Aujourd’hui j’ai remarqué qu’il y a déjà des choses magnifiques qui sont disparues. Mais, il n’est pas trop tard…

Interview réalisé par Daniel TINCU

 

Bucarest, la mal-aimée : photographie engagée

Il était une fois surnommé le Petit Paris.  Aujourd’hui, ce Bucarest là est en péril…

Vernissage : 24 septembre 2010 de 18h30 à 20h
Exposition : du 24 septembre au 24 octobre 2010

Bucarest la mal-aimée : huit photographes roumains et un français – Serban Bonciocat, Adrian Bulboaca, Cosmin Gogu, Camil Iamandescu, Serban Mestecaneanu, Sergiu Mihaescu,  Lucian Muntean, Dan Piersinaru et Ferrante Ferranti – se sont engagés dans un projet qui attire l’attention sur le patrimoine urbain bucarestois et la nécessité de le protéger. Une exposition présentée par l’Institut Culturel Roumain de Paris et l’Institut Français de Bucarest. A voir également l’installation photographique « Maisons qui pleurent ».

« Soucieux de m’impliquer dans la sauvegarde du Petit Paris, j’ai lancé un défi à de jeunes photographes roumains : Bucarest ne mérite-t-elle pas mieux que sa réputation de mal-aimée?» : décrit Ferrante Ferranti, commissaire de l’exposition, l’idée pilier de Bucarest la mal-aimée.

L’exposition Bucarest, la mal-aimée met en avant les contrastes d’une ville du Levant qui a souffert des grandes transformations pendant cinq décennies de communisme et vingt années de transition où le mot « liberté » a été souvent confondu avec « chaos ». Les œuvres montrent des merveilles d’une architecture en ruine, une réalité dénudée qui est à la fois signal d’alarme et déclaration du fort attachement des photographes à leur ville.

Les artistes : Ferrante FERRANTI (www.ferranteferranti.com), Serban BONCIOCAT, Adrian BULBOACA, Cosmin GOGU (www.cosmingogu.com), Camil IAMANDESCU (http://iamandescu.com), Serban MESTECANEANU (www.meste.ro), Sergiu MIHAESCU (http://www.sergiumihaescu.com), Lucian MUNTEAN (www.lucianmuntean.ro), Dan PIERSINARU (www.danpiersinaru.ro).

A voir également l’installation photographique « Maisons qui pleurent »  (www.casecareplang.ro – Andra Antonescu, Iulia Dana Baceanu, Loredana Bruma, Alex Chirita, Calin Lupulescu, Adrian Sandor, Cristina Tartau).

Adresse : 1 rue de l’Exposition 75007 Paris

Horaires : du lundi au vendredi, de 10h à 13h et de 14h à 18h

(De 13h à 14h sur RDV)

Entrée libre

Pour toutes informations, n’hésitez pas à nous contacter :

institut@institut-roumain.org

01 47 05 15 31