La Roumanie face à son passé communiste

Vendredi soir. 18h. Salle de conférence de l’Institut Culturel Roumain de Paris. L’équipe de l’Institut s’anime pour tout mettre en place à temps pour le débat de ce soir, à l’occasion du lancement du livre La Roumanie face à son passé communiste, d’Alexandru Gussi. Le sujet a éveillé l’intérêt des curieux, étudiants, professeurs, amateurs d’histoire, roumains comme français. La salle est pleine à craquer, le débat peut commencer.

Les invités font honneur à l’Institut, tout comme à l’ouvrage et à son auteur : Vladimir Tismăneanu, analyste politique, professeur à l’University of Maryland,  sociologue et spécialiste en politiques comparées ; ainsi que Florin Ţurcanu, historien et chercheur à l’Institut d’Etudes Est-Européennes de Bucarest.

Au travers de son ouvrage, Alexandru Gussi veut réfuter la thèse selon laquelle le rapport au passé communiste n’est plus nécessaire pour comprendre le présent et le futur de la scène politique roumaine. Convaincu du contraire, il considère que les cultures politiques actuelles se forment à partir de la mémoire et du rapport au passé.  Que ce soit une culture profondément anti-communiste ou bien une culture de l’oubli et de la tabula rasa, il n’en n’est pas moins vrai qu’elle se construit sur les bases d’une mémoire collective. « Ce mort-vivant qu’est le communisme roumain a continué à nourrir et à conditionner le politique », tranche Florin Ţurcanu. La mémoire du communisme sert encore à créer des identités politiques.   Pour la scène politique roumaine, la question du passé a toujours été épineuse et le pays se distingue par son attitude envers les victimes de l’ancien régime et de la révolution qui sont perçues comme un danger pour la démocratisation. Comme le souligne Florin Ţurcanu, il existe en Roumanie une tension constante entre démocratie et retour sur un passé douloureux. Et pourtant, « chaque individu a besoin de tranquillité vis-à-vis de son passé », ajoute-t-il.

Vladimir Tismăneanu parle « d’exorcisme par la connaissance » en se référant à la fondation d’une société et d’un nouvel ordre politique. Connaître et comprendre pour pouvoir se délivrer du démon du passé et poser des bases saines et solides pour l’avenir. Il fait là référence au Liseur de Bernhard Schlink, qui centre son ouvrage sur la question de la mémoire, de l’amnésie, et met en exergue  la force destructrice du silence. « Quand on construit une démocratie, on a besoin de vérité », dit-il. Plus qu’un simple désir de justice, il s’agit également d’une volonté politique.

« Ouvrage simultanément prophylactique et thérapeutique ». C’est ainsi que Vladimir Tismăneanu résume l’essence de l’ouvrage d’Alexandru Gussi. Il soigne les maux du passé et met en garde contre ceux du futur.

 
Alexandru Gussi est docteur en sciences politiques de l’Institut d’Études Politiques de Paris. Il est conseiller présidentiel et enseignant à la Faculté de Sciences Politiques de Bucarest. Il concentre ses recherches sur la démocratisation et le rôle de la mémoire dans la définition et l’évolution des cultures et des identités politiques.

La Roumanie face à son passé communiste – Mémoires et cultures politiques, Alexandru Gussi, Editions L’Harmattan, 2011.

 

Claudia Droc

L’interprétation et la politique de la mémoire du communisme en Europe de l’Est

Débat, Lundi 16 mai, Institut Culturel Roumain de Paris

Intervenants : Raluca GROSESCU (IICCMER), Damiana OTOIU (IICCMER), Annette Wieviorka (CNRS) (Écoutez les interventions)

Le début de semaine à l’Institut a été marqué par un débat autour de la mémoire du communisme en Europe de l’Est, animé par trois intervenantes, dont Annette Wierviorka, chercheur au CNRS.  Cet événement marque également le lancement de la revue « History of Communism in Europe – Politics of Memory in Post-Communist Europe » publiée par l’Institut d’Investigation des Crimes du Communisme et la Memoire de l’Exil Roumain (IICCMER).

«C’est un livre qui s’inscrit dans tout ce mouvement très important de l’étude dans la façon dont les sociétés envisagent le rapport avec le passe, et surtout avec un passé criminel. Est-ce qu’on juge, est-ce qu’on ne juge pas ». (Annette Wierviorka)

Période relativement « fraiche » dans les esprits de beaucoup d’individus ressortissants des pays d’Europe centrale et orientale, l’époque communiste devient aujourd’hui un enjeu de mémoire. Chaque pays mène sa propre politique vis-à-vis des questions de mémoire, et cela est visible dans bon nombre de choix actuels, en partant du changement de la toponymie et en allant jusqu’aux politiques de lustration. Que ce soit par la voie politique, historique, littéraire ou encore cinématographique, la mémoire du communisme est un enjeu pour les intellectuels d’aujourd’hui, soucieux de comprendre leur passé afin de poser les fondations de la société de demain. Lire la suite

Deux jeunes journalistes contre la stigmatisation des étrangers

« Paroles de Roumains » est un webdocumentaire participatif au sujet de l’intégration des immigrés roumains dans la société française. Il sera diffusé sur un le site web d’un grand journal d’information à la rentrée prochaine. « Paroles de Roumains » raconte huit histoires d’immigrés venus vivre en France : des anciens, qui sont bien intégrés, mais aussi des nouveaux, qui cherchent encore leur place.

Les auteurs, Marianne Rigaux et Jean-Baptiste Renaud, ont 25 ans. C’est leur premier projet depuis qu’ils sont sortis de l’école de journalisme de Lille en mai 2010. Cela représente pour eux un an de travail, en parallèle de leur activité de journaliste. Le sujet leur tient à cœur : Marianne a vécu un an à Bucarest et Jean-Baptiste est passionné par les questions d’immigration.

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Cioran 100

Colloque « Cioran, le pessimisme jubilatoire »

les 18 et 19 mars 2011 au  Salon du Livre de Paris

En 2011, l’Institut Culturel Roumain célèbre le centenaire de l’anniversaire d’Emil Cioran et organise à cette occasion plusieurs manifestations.

Mais qui était Cioran ? On le nomma styliste du désespoir, aristocrate du doute, dandy métaphysique

Disparu en 1995, Emil Cioran, philosophe roumain d’expression française, auteur d’Aveux et anathèmes et de Sur les cimes du désespoir, aurait eu cent ans le 8 avril 2011. Il arrive en France à l’âge de 26 ans. Après avoir écrit cinq livres en roumain, il épousa le corset du français, « une langue inabordable, trop noble, trop distinguée », pour en faire « la langue d’un maître ».

Ces thèmes seront animés par des spécialistes de l’œuvre de Cioran, tels que Patrice Bollon, journaliste français, Ingrid Astier, biographe de Cioran, Georges Banu, professeur à la Sorbonne Nouvelle Paris 3, Roland Jaccard, écrivain suisse, ou Fernando Savater, philosophe espagnol. Horia Roman Patapievici, président de l’Institut Culturel Roumain et de l’Union Européenne des Instituts Nationaux de Culture, sera le modérateur du colloque.

Liviu Tofan, directeur de l’Institut Roumain pour l’histoire récente débattra, samedi, le dossier de surveillance de Cioran par l’ancien service secret « Securitate ». Des reproductions de lettres écrits par Cioran, une partie du fond « Emil Cioran » du Musée National de la Littérature Roumaine, seront exposées dans la salle Nota bene durant le colloque.

Entrée offerte au Salon du livre pour les participants au Colloque Cioran
Pour obtenir votre invitation, nous vous remercions de nous communiquer la/les date(s) de votre présence au colloque, à l’adresse institutroumain@yahoo.fr, et vous recevrez par e-mail une invitation personnalisée.

PROGRAMME

Vendredi, 18 mars 2011 Samedi, 19 mars 2011
10 – 11 : Film « L’Apocalypse selon Cioran », première diffusion
en France
11 – 12 : Entretien avec Sorin Iliesiu, le réalisateur du film «
L’Apocalypse selon Cioran »
14 – 18.30 Colloque européen « Cioran : le pessimisme
jubilatoire ».
Modérateur : Georges Banu
14 – 16 ______________________Itinéraires d’une vie.
Sorin Alexandrescu: Cioran : le portrait du penseur en jeune exilé
Fernando Savater: L’étonnement de Cioran
Vincent Piednoir: Cioran epistolier
Nicolas Cavaillès: Cioran et la tentation des salons
16.30 –18.30___________________Aperçus philosophiques I.
Sylvie Jaudeau: Un éternel candidat à la sagesse
Barbara Scapolo: Sans épuiser la surprise d’exister : quelques pas
avec Cioran, le raté du renoncement
Constantin Zaharia: Un cyclone au ralenti
Georges Banu: Propos sur l’optimisme de… l’autre Cioran
Florin Turcanu: L’anomalie Cioran
10 – 11 – Présentation des programmes de financement du
Centre National du Livre de Roumanie, proposés aux éditeurs
étrangers
11 – 12 – film « Un siècle d’écrivains » de Bernard Jourdain et
Patrice Bollon
14 – 18.30 Colloque européen « Cioran : le pessimisme
jubilatoire »
Modérateur : Horia – Roman Patapievici
14 – 16________________________Aperçus philosophiques II.
Patrice Bollon: Cioran maître ès existence
Ingrid Astier: La nuit ou le pessimisme inspiré
Simona Modreanu: Le paradoxe cioranien et la logique du tiers
inclus
Aurélien Demars: L’élan vers le pire
16.00 – 18. 30___________________Stylistique et philosophie.
Livius Ciocârlie: Lyrisme roumain, ironie française
Pierre Pachet: Les rencontres de Cioran. Portraits
Roland Jaccard: Cioran et la médecine
Liviu Tofan : Le dossier de la Securitate de Cioran
Conclusions par Horia-Roman Patapievici.

*Pour plus de renseignements, veuillez consulter le site Internet : http://www.institut-roumain.org ou celui du Salon du Livre de Paris http://www.salondulivreparis.com

Zoom sur… « L’Apocalypse selon Cioran » –1ère diffusion en exclusivité le vendredi 18 mars lors du colloque

Dans « L’Apocalypse selon Cioran », Emil Cioran accepta pour la première fois de sa vie de parler devant une camera. L’intellectuel roumain Gabriel Liiceanu fût son interlocuteur, et Sorin Iliesiu, le réalisateur du film. Cioran donna son accord pour que le film soit diffusé en Roumanie, mais souhaita que la diffusion en France ne se fasse qu’après sa mort… Vendredi, 19 mars 2011 à 10h, au Salon du livre de Paris: la première projection publique du film en France. (Durée 58’, Sous-titré en français)

Manifestation organisé dans le cadre du Salon du Livre de Paris, par l’Institut Culturel Roumain, en partenariat avec le Centre National du Livre de Roumanie et le Musée National de la Littérature Roumaine de Bucarest.

Présentation colloque Cioran/ Centenaire Cioran 2011 PDF

Patrimoine national – patrimoine universel: table ronde au Palais de Béhague

La table ronde - patrimoine national - pstrimoine universelAujourd’hui le patrimoine n’est plus une valeur exclusivement nationale. Les valeurs patrimoniales de  différentes pays font parti d’une culture plus vaste, européenne et universelle. Voila le raison pour la table ronde organisée par l’Institut Culturel Roumain de Paris, mardi 28 septembre, dans le Salon d’Or du Palais de Béhague, lui même une valeur patrimoniale partagé entre la France et la Roumanie.

Un diagnostique pour un patrimoine roumain qui ‘‘pleure’’ depuis longtemps ?

Le débat, animé par Katia Dănilă – directrice de l’ICR de Paris – s’est tenu dans le siège de l’Ambassade de Roumanie en France, le Palais de Béhague. La rencontre a réuni des spécialistes du patrimoine français et roumains telle que Michèle Prats, vice président de l’ICOMOS en France, Caroline d’Assay, présidente de l’ONG Pro Patrimonio, Josef Kovacs, président de l’Institut National du Patrimoine de Roumanie ou Benoit de Sagazin, président de l’Association des journalistes du patrimoine en France.

Après un exposé du cadre législatif des deux pays, chaque participant a présenté les buts et les actions de l’association représente. Du coté français, Michèle Prats a d’abord défendu le modèle français, reconnu comme l’un des plus restrictif au monde dans le domaine du patrimoine :« Il faut faire la différence entre la restriction et la protection. Le problème c’est qu’une loi protectrice engendre des contraintes pour les propriétaires qui ne peuvent plus faire n’importe quoi. De toute façon, nous, on leur demande juste de respecter le lieu, l’architecture du bâtiment, et, enfin, de respecter leur patrimoine. »

Josef Kovacs a ensuite présenté les actions de la Roumanie en matière de protection du patrimoine mais a également évoqué les carences du système : « Nous avons décidé que les travaux de restauration devaient être réalisés par des spécialistes. Nous avons également prévu une taxe sur toutes les activités se déroulant dans des monuments historiques comme dans les Casinos. Les choses ne sont probablement pas correctement rédigées car nous n’avons encore jamais reçu de fonds destinés à la restauration. De plus, le Patrimoine est, en Roumanie, un sujet politique évoqué seulement en période d’élections. »

Au delà de l’aspect administratif, Loredana Brumă – jeune architecte à l’initiative du projet « Maisons qui pleurent » – a abordé un autre aspect du sujet : « On a aussi un problème d’éducation concernant le patrimoine en Roumanie. Alors, moi et mes collègues du projet « Maisons qui pleurent », nous nous sommes adressés au grand public pour attirer son attention sur le Patrimoine bucarestois. On a photographié plusieurs anciennes maisons de Bucarest et nous avons réalisé une galerie en ligne avec ces édifices. »

Une idée principale est ressortie de cette table ronde : la conscience publique représente le point de départ de toutes politiques du Patrimoine.

Le journaliste, Benoit de Sagazin, a également souligné le rôle décisif des médias dans ce problème : « On parle de sensibilisation du public mais pour sensibiliser le public il faut, avant tout, sensibiliser les journalistes. Ce n’est pas forcement la partie la plus facile mais ce n’est pas, non plus, la plus difficile. »

Le débat organisé par l’ICR de Paris fut un échange d’expériences franco-roumaines. Caroline d’Assay, bien que d’origine française, connaît parfaitement les réalités sociopolitiques de la Roumanie. En tant que présidente de l’Association Pro Patrimonio, Caroline a développé plusieurs projets en Roumanie, comme la restauration de la Villa Golescu à Câmpulung Muşcel. A l’occasion de ce débat, elle conclut : « Pour les gens qui décident en Roumanie, le patrimoine est un non-sujet. L’assemblée ne cherche pas à voter des lois ou à les améliorer. L’idée est que le patrimoine est quelque chose de vivant. Le grand public roumain doit réaliser qu’il fait partie de leur identité. »

par Daniel TINCU