Nuits Théâtrales au Palais de Béhague Laboratoire théâtral : découpage subjectif

«Après le succès des Nuits Théâtrales, qui se sont déroulées du 22 au 30 septembre dernier,l’Institut Culturel Roumain ouvre à nouveau les portes de son extraordinaire salle Byzantine pour accueillir un rendez-vous inédit autour du Théâtre Contemporain d’ici et d’ailleurs. Plusieurs conférences, deux spectacles et une exposition sont programmés…»

(Toutelaculture.com; le 21 novembre 2011, Emma Letellier)

Les Malheureux (photo : Olivia Horvath)

Propos recueillis par Cristina Hermeziu ; introduction : Raluca Petre

Dans le cadre du Laboratoire des Nuits Théâtrales, qui a eu lieu entre le 21 et le 27 novembre 2011, l’Institut Culturel Roumain de Paris a invité des professionnels du théâtre pour s’interroger sur l’actualité et les méthodes pédagogiques dans le théâtre contemporain.  Ayant comme décor la Salle Byzantine du Palais de Béhague, le Laboratoire s’est constitué d’une part par la série des conférences « Le théâtre européen: leçons et défis du lendemain » et, d’autre part, par les représentations des pièces «Les Malheureux» (d’après Füst Milán ) et «My Isadora» (théâtre non-verbal de Victoria Răileanu).

Parmi les invités du Laboratoire il y a George Banu (auteur, critique et professeur des universités), Gelu Colceag (Recteur de l’Université Nationale d’Art Théâtral et Cinématographique, docteur en histoire du théâtre), Nicolae Mandea (Doyen de la Faculté de Théâtre de l’U.N.A.T.C.), Jean Francois Dusigne (professeur à l’Université Paris 8, co-directeur artistique de l’ARTA) et  Anatoli Vassiliev (metteur en scène et pédagogue russe, directeur du théâtre « École d’Art Dramatique » de Moscou).

D’après la pièce de Füst Milán, le spectacle «Les Malheureux» a présenté un monde de la marge de la société avec des personnages malheureux, le malheur y étant présent, tout simplement. Les rapports de force issus du conflit entre l’homme et la femme prennent la forme des  rêves transformés en cauchemar, en construisant un rituel d’autodestruction sous les yeux du spectateur.

La deuxième pièce de théâtre représentée lors du Laboratoire des Nuits Théâtrales a ses inspirations dans la danse et les idées féministes d’Isadora Duncan. Ainsi Victoria Răileanu a créé un spectacle de théâtre non-verbal inspiré par l’autobiographie de la légendaire danseuse, en expérimentant de nouveaux langages dramatiques du corps.

«Le théâtre est un être vivant qu’on veut rencontrer en le sauvant de la mort en soi-même…»,

…considère George Banu, critique de théâtre. Lors de la conférence Pourquoi va-t-on encore au théâtre?, il affirme qu’on y va «au nom de l’éphémère, du sentiment qu’il disparaîtra de manière irrémédiable, des œuvres qui s’effacent, des acteurs qui meurent, du moment qui passe. La condition éphémère touche à notre relation avec le théâtre, surtout si on l’aime. L’imminence de son entrée dans le néant me rend responsable envers lui tout comme envers moi. […] Lui aussi, il est un être vivant qu’on veut rencontrer en le sauvant de la mort en soi-même, malgré les moments passagères d’inattention ou d’épuisement de la relation.»

George Banu (photo : Olivia Horvath)

Si telle est l’opinion d’un critique, qu’est-ce qu’en pensent les acteurs? Pour Sabrina Iașchevici,  «les choses qu’on oublie lorsqu’on commence le travail, on les laisse s’abandonner dans nous-mêmes.» Les trois jours passés à l’atelier d’Anatoli Vassieliev, à l’ARTA Cartoucherie de Paris, ont été «pleins de surprises pour moi. Il transmettait de l’énergie et de la sagesse au-delà des mots. Il refusait de répondre à beaucoup de questions, en disant qu’il pourrait le faire, qu’on pourrait même le comprendre mais que cela ne signifierait pas qu’il a aussi réussi transmettre son message. L’analyse théâtrale que j’ai commencé pour la pièce „L’oncle Vania” ressemble, dans quelques points, à la manière dans laquelle j’ai appris analyser un texte: l’importance de la compréhension des circonstances du début de la pièce, les choses qui la précédent, le passé des personnages, la façon dont ils se sont faite la connaissance. Les choses qu’on oublie lorsqu’on commence le travail, on les laisse s’abandonner dans soi-même. Lorsque je traite un texte, je suis habituée à parler du but. Le but de chaque personnage dans chaque scène, qui, à son tour, se divise dans les buts du chaque fragment qui compose la scène. Du coup, la pédagogie d’Anatoli Vassiliev ne parle pas de ces buts-là. Elle parle des circonstances qui mènent à une situation et, ensuite, à un comportement. On n’entre pas sur la scène en ayant un but, mais un comportement qui est du à une situation antérieure.»

L’actrice Sânziana Târța parle elle aussi d’Anatoli Vassiliev, «un homme qui, dans le siècle de la vitesse, prend son temps à penser. Un maître qui, par sa simple présence, crée des moments de théâtre. Ses pauses sont parlantes et elles se permettent…d’exister. Tout simplement. Cet individu qui cherche, ce professeur qui apprend, considère qu’aujourd’hui le théâtre a deux lacunes: 1. Il n’y a plus de maîtres, des professeurs pour changer des vies et pour ouvrir des mondes. 2. Rien n’est plus ce qu’il paraît être. Tout objet qu’on regarde, même dans la nature, peut être l’imitation de quelque chose d’autre. Et, pour la plupart des cas, il en est. […] L’imitation n’est qu’une simulation. En imitant, on simule qu’on vit, on simule qu’on sent. En vivant entourés par du faux, on ne peut pas construire quelque chose du vrai, ni dans les relations inter-humaines et, en les prenant comme point de départ, ni dans le théâtre, évidemment

 

Alors, qu’est-ce qui se passe du côté des représentations théâtrales?

Les Malheureux (photo : Olivia Horvath)

Pour le scénographe de la pièce «Les Malheureux», Cristian Stănoiu, «Les personnages sont ceux qui „dessinent” la scénographie tout au long de la pièce. Les situations-limite sont des occasions d’affirmation des caractères. La mise en scène de la pièce de Fust Milan a représenté le désir de chercher l’essentiel du texte surtout à travers la mise en évidence des traits spécifiques des personnages. La Salle Byzantine de Paris a offert la possibilité de construire un espace de jeu nuancé tout d’abord par le contraste entre le décor de la pièce et l’architecture du lieu. Ce contraste a favorisé davantage le «découpage» dont je viens de parler, la délimitation de la surface de jeu et la sensation de limite que les intentions du metteur en scène ont pris en considération dans cette approche de la pièce. […] La présence à Paris a représenté l’occasion de travailler avec des gens qui font la preuve d’une implication réelle et de la responsabilité, les deux exprimées avec de la chaleur et de l’enthousiasme pour la construction d’un tel événement. Au sein du groupe des «Malheureux», cette expérience a signifié la possibilité d’un rapprochement et d’un heureux échange d’idées. »

Les Malheureux (photo : Olivia Horvath)

Quant à Zsuzsánna Kovács, metteur en scène de la même pièce, elle regarde les malheureux comme…des personnages qui choisissent de réussir au lieu d’évoluer”. Ainsi, la plus grande difficulté qui est parue lors du montage de la pièce Les Malheureux a été «de trouver l’équilibre à travers lequel un texte si «typiquement hongrois», écrit au début du XX-ème siècle, puisse devenir actuel et frais, cent ans plus tard, à Bucarest, dans une culture si différente. […] Des personnages qui se plaignent mais qui sont incapables d’agir, des personnages qui choisissent de „réussir” au lieu d’évoluer, des personnages qui gaspillent leur énergie parce qu’ils sont mécontents et ils sont mécontents parce qu’ils n’ont plus le pouvoir de changer quelque chose – un dessin clair de l’homme est-européen valable tant dans une petite ville de la Hongrie, telle que spécifiée par l’auteur au début du siècle passé, qu’à Bucarest, cent ans plus tard.»

My Isadora, exposition théâtrale – affiche (c) Olivia Horvath

Victoria Răileanu,  metteur en scène et une des actrices de la pièce My Isadora, une danse de la vie, témoigne qu’«en travaillant pour le spectacle, j’ai demandé aux acteurs – Eugen Jebeleanu, Yann Verburgh et Ugo Leonard – de fermer leurs yeux. Des choses merveilleuses sont sorties pendant les répétitions, s’agissant d’une main levée, d’un grattement, d’un point sur le corps: une danse de la vie. […] Je pense qu’elle a été présente en salle,Isadora Duncan. La Salle Byzantine a une énergie très puissante, l’espace en soi mais également les gens..

L’événement a été réalisé par l’Institut Culturel Roumain de Paris avec le soutien de l’Ambassade de Roumanie en France, l’ARTA – Cartoucherie, l’Université Nationale d’Art Théâtral et Cinématographique « I.L. Caragiale » de Bucarest, la Fondation Löwendal, Bucarest.

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